Piluliers dans les résidences pour personnes âgées

Québec : des pharmaciens ne reculent devant rien pour capter le marché des piluliers dans les résidences pour personnes âgées

Québec, le jeudi 27 octobre 2016 – Révélée par Le Journal de Montréal, l’affaire a secoué le monde de la pharmacie au Québec et fait monter au créneau l’Ordre des pharmaciens local, ainsi que l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), le syndicat des titulaires d’officines. Une véritable guerre commerciale, faite, bien souvent, de trafics d’influence et de dessous de table, agite en effet le milieu pharmaceutique de la « Belle Province » pour l’obtention du juteux marché des piluliers dans les résidences pour personnes âgées.

Ce marché représentait, en 2015, un volume de vente chez les plus de 65 ans de plus de 333 millions de dollars canadiens (85 millions d’euros), en hausse de 11 % par rapport à l’année précédente. Le montant remis au pharmacien pour le renouvellement d’une ordonnance est actuellement de 17,57 dollars canadiens (environ 11 euros) par mois pour un pilulier, contre 9,34 dollars canadiens (près de 6 euros) maximum au comptoir.

Pots-de-vin et petits arrangements en tous genres

Selon l’enquête réalisée par les journalistes québécois, ce « marché gris » des piluliers s’est mis en place depuis 10 ans, époque à laquelle certaines résidences ont commencé à imposer d’office les piluliers en invoquant notamment des raisons de sécurité. Depuis, une concurrence féroce entre certains pharmaciens s’est mise en place pour capter cette patientèle hautement lucrative avec, parfois, l’utilisation de méthodes qui franchissent allègrement la ligne blanche de la légalité.

On recense ainsi le « recrutement » de médecins ou d’infirmières pour desservir une résidence dans laquelle ils officient, des paiements en argent comptant pouvant atteindre 5 000 dollars canadiens (3 200 euros) versés au propriétaire d’une résidence, l’octroi de cadeaux aux patients ou encore l’organisation, par les pharmaciens, de conférences dans la résidence. Certains vont même jusqu’à ouvrir, sous prête-nom d’un de leurs proches, un « dépanneur » (épicerie de proximité) à l’intérieur de l’établissement dans lequel ils proposent des services liés à leur officine.

L’Ordre réclame plus de pouvoirs pour intervenir et sanctionner

Sans tarder, l’Ordre des pharmaciens du Québec a réagi à ces révélations par la voix de son président, Bertrand Bolduc : « On est capables de punir nos membres (…) On a un marteau pour leur taper sur les doigts, mais pas sur ceux qui continuent à les inciter par la suite. On est muselés, on ne peut pas perquisitionner dans une résidence, une chaîne de pharmacies ou chez la belle-sœur (…) Nous demandons des pouvoirs pour intervenir auprès des intermédiaires ». Dans un même élan, l’AQPP a dénoncé « sans équivoque tout comportement qui irait à l’encontre de la liberté des patients de choisir leur pharmacien » et soutenu l’Ordre « dans ses mesures d’enquête et dans l’application des sanctions qui en découlent ». Le syndicat recommande ainsi de hausser de façon significative le montant des amendes en cas d’infraction.

Du côté du gouvernement provincial, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a assuré ne pas prendre cette affaire « à la légère ». Selon elle, la revendication de l’Ordre des pharmaciens de pouvoir intervenir auprès des tiers semble légitime et « la venue de grandes surfaces et de bannières dans le domaine des pharmacies » mériterait que ces entreprises soient « assujetties aux dispositions du Code de la profession ». Sur ce point, L’Ordre demande instamment « le pouvoir d’enquêter et de sanctionner les firmes commerciales telles que les chaînes, les bannières et les grossistes dans le secteur de la pharmacie » sur lesquels il ne peut exercer aucune juridiction pour le moment.

Benoît Thelliez

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