Pas plus de surveillants dans les résidences privées pour aînés

Québec pourrait ne pas aller de l’avant avec les recommandations du rapport Delâge concernant la hausse du nombre d’employés de surveillance dans les résidences indépendantes pour personnes âgées, confirme le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette.

Un an après l’incendie qui a fait 32 morts à la Résidence du Havre de L’Isle-Verte en janvier 2014, le commissaire aux incendies du Québec, Cyrille Delâge, avait formulé six recommandations. Gaétan Barrette s’était alors empressé d’annoncer son intention de se plier aux constats du rapport, notamment en augmentant le personnel de surveillance.

Le ministre revient maintenant sur cet engagement, tout en précisant qu’aucune décision n’a encore été prise par le Conseil des ministres. « Il y a une réflexion à faire qui n’est pas terminée », répète-t-il.

Gaétan Barrette justifie sa position par la crainte de voir disparaître des résidences privées en manque de moyens si celles-ci sont forcées d’embaucher de nouvelles ressources.

C’est une question d’équilibre. Est-ce qu’on veut avoir des normes très sévères mur à mur, au risque de voir des certifications disparaître […] ou est-ce qu’on veut avoir un compromis?

 Gaétan Barrette, ministre de la Santé

Une question de coûts

« Il faut rappeler qu’on parle de résidences indépendantes. Ce sont des endroits qui ne sont pas dans le réseau gouvernemental », a d’emblée indiqué le ministre, en entrevue au Réseau de l’information.

Le ministre réagissait aux informations publiées par La Presse, qui confirment que Québec étudie la possibilité de permettre à des bénévoles et à des résidents détenant une formation de secourisme d’assurer la surveillance, 24 heures sur 24, dans tous les foyers pour personnes autonomes.

En 2015, le gouvernement défendait cette option uniquement pour les résidences de 49 places et moins. Actuellement, les préposés aux bénéficiaires sont responsables de cette tâche. Le rapport Delâge recommandait plutôt l’embauche d’un plus grand nombre de professionnels.

« On parle de gens modestes. Si je leur impose des règles très strictes en matière d’employés, ça se répercutera automatiquement sur le loyer […] Les usagers, les organismes à but non lucratif, les groupes sociaux disent que si on fait cela, ils vont se décertifier [perdre leur certification, NDLR], perdre des services parce qu’ils n’ont pas les moyens de les payer », insiste le ministre.

Le nouveau projet du gouvernement classe les établissements selon le degré d’autonomie des résidents. Plus ceux-ci sont autonomes, moins les règles de surveillance seraient sévères.

Pour les foyers de personnes en perte d’autonomie, Québec voudrait maintenir le statu quo et donc ne pas respecter les recommandations du rapport Delâge. Le ministre de la Santé a tenu à préciser que la proposition d’obliger l’installation de gicleurs dans toutes les résidences avait toutefois été respectée.

Priorité aux prix des loyers

Pour le directeur du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Yves Desjardins, l’option analysée par Québec serait une manière « intelligente » d’ajuster le règlement. Cette possibilité permettrait, selon lui, de gérer les résidences au cas par cas en prenant en considération leurs caractéristiques respectives.

« On tient compte de l’autonomie des résidents, mais aussi de la construction du bâtiment. Quand on a un bâtiment en béton avec gicleurs, on n’a pas le même risque qu’avec une construction en bois et en briques, en région, avec un service d’incendie à temps partiel où le temps de réponse peut être un peu plus long », explique-t-il.

Yves Desjardins constate que la principale préoccupation des aînés est le prix du loyer. Il note d’ailleurs que le Québec a les prix les plus bas du pays et qu’il serait important de les maintenir.

« On a dénombré 249 fermetures de résidences dans les 30 derniers mois (…) C’est tout le fardeau financier qui est imposé par la réglementation, et on ne peut pas augmenter les loyers parce que les aînés ont des revenus limités dans certains cas, même des revenus très modestes. »

Pour lui, il n’y a aucun problème à ce que des bénévoles formés assurent la surveillance des foyers.

« Peu importe que la personne soit salariée ou non, si elle est bien conscientisée aux risques et aux moyens d’évacuation, je pense qu’on peut effectivement faire le travail. À cela, il faut ajouter qu’il y a la combinaison de la protection mécanique des bâtiments avec l’ajout de gicleurs, de systèmes d’alarme et de tout un paquet de nouvelles normes. »

Les propriétaires avantagés, selon les comités d’usagers

Pierre Blain, directeur du Regroupement provincial des comités des usagers, n’est pas du même avis. Il se dit particulièrement inquiet du refus d’investir en matière de surveillance.

« Je ne pense pas que ce soit pour le bien des usagers, mais pour le bien des propriétaires, qui ne veulent pas s’engager dans des dépenses semblables », affirme-t-il.

L’Isle-Verte… Est-ce qu’on a besoin d’un autre drame semblable?

 Pierre Blain, directeur du Regroupement provincial des comités des usagers

Si le gouvernement décide d’aller de l’avant en confiant la surveillance à des bénévoles, Pierre Blain réclamera de meilleures formations pour ceux-ci.

« Investissons correctement dans une formation qui serait utile pour ces gens-là. Présentement, de ce que j’ai vu dans les normes, ce sont des personnes qui ont des connaissances en secourisme. Pour moi, ce n’est pas suffisant », s’indigne-t-il.

L’Association des chefs en sécurité incendie du Québec (ACSIQ) est aussi inquiète. Elle donne son appui inconditionnel aux recommandations du rapport Delâge et se prononce « haut et fort contre ce projet de modification règlementaire parce qu’il est contraire aux recommandations du rapport et également dangereux pour les personnes bénévoles volontaires, autant pour leur intégrité physique que pour la responsabilité légale et morale que l’on tente de faire reposer sur eux en cas d’incendie », a indiqué l’association.

Prévoir que des bénévoles à l’extérieur de la résidence pourront intervenir sans délai est non seulement utopique, mais contraire aux règles élémentaires de la sécurité incendie qui commandent aux gens d’évacuer lorsque retentit une alarme incendie et de surcroît de ne jamais pénétrer dans un bâtiment en flammes.

 L’Association des chefs en sécurité incendie du Québec (ACSIQ)
Source Ici Radio-Canada

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